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Des fonds pour les PME qui montrent patte verte
Qui a dit que les banques ne prenaient aucun risque ? Du capital-risque, même. Elles sont au contraire nombreuses à développer des fonds spécialisés durables. Lesquels ? Comment les séduire ?
La bulle verte inspire les banquiers. Ceux que l’on taxe d’ordinaire de frileux face aux projets novateurs ont mis au point depuis dix ans des fonds spéciaux. Soyons honnêtes : les banques y ont été légèrement incitées par l’obligation légale qui leur est faite de répondre de leurs propres activités « durables ». Une « morale » qui n’a rien de nouveau : les Quakers avaient, dès les années vingt, décidé d’investir leur argent dans des entreprises respectueuses de certaines valeurs morales et éthiques (les sin stocks). Pas un penny à la production de tabac, d’alcool ou aux jeux d’argent ! Depuis les années quatre-vingt-dix, ces scrupules capitalisto-moralisants ont pris le nom d’« investissements socialement responsables » (les ISR), plutôt inscrits dans les pays de culture anglo-américaine avant de se répandre à travers le monde. Mais la tendance, désormais, n’est pas tant à l’exclusion des placements qu’à la recherche positive des valeurs sur lesquelles investir.
Cacophonie durable
Il existe aujourd’hui quelque 175 fonds ISR en France, contre une trentaine en 2001, dans 48 sociétés de gestion. Sous la pression des consommateurs, la plupart des banques ont développé ces fonds spécialisés : Groupama Asset Management, BNP Paribas A.M., Dexia, Natixis, le groupe Banques Populaires ou le Crédit coopératif, La Poste ou la banque durable Triodos (néerlandaise, depuis les années quatre-vingt)... Les fonds éthiques se taillent modestement 1 % du marché français, avec une progression des encours de 30 % en 2007 (évaluation Novethic). C’est peu, mais c’est un début. Tout l’enjeu de ces fonds ISR est de choisir des critères pour investir. Or il n’existe pas encore vraiment de standards internationaux. Chacun « bricole ». On va par exemple privilégier les marques automobiles françaises qui fabriquent de petites citadines peu émettrices de CO2 par rapport aux marques allemandes et leurs grosses berlines plus énergivores. L’approche ISR va écarter la plupart des compagnies pétrolières sauf si elles diversifient leur production avec des énergies plus « durables » donc moins émettrices de CO2 comme le gaz et/ou les énergies renouvelables. Les fonds ISR savent aussi pointer du doigt les limites du développement durable et de la globalisation en soulignant les effets pervers du modèle low cost. Ils vérifient la gouvernance des entreprises et en lisent attentivement les bilans sociaux. Ils s’intéressent aux délocalisations d’emploi, au non-respect des normes de sécurité et de pollution environnementale par les entreprises et leurs sous-traitants. Chaque banque définit ses critères d’investissements et de rentabilité. Or des standards manquent cruellement.
Le club des « experts-durables »
Depuis la loi de 2001 dite « NRE » (Nouvelles régulations économiques), les entreprises sont tenues de préciser, dans leur rapport d’activité, la manière dont elles prennent en compte les conséquences sociales et environnementales de leur activité. Les experts-comptables, directement sollicités, se sont constitué en Club du développement durable, créé par leur conseil supérieur de l’ordre, pour aider et conseiller les entreprises dans leur démarche « DD ». Il travaille notamment pour les aider à trouver des fonds mais, au-delà, pour gérer au quotidien leurs préoccupations environnementales en se pliant aux normes de leur profession et en valorisant cette démarche auprès des consommateurs. Un cercle vertueux.
Contact : Emilie Damloup Tél. : 01.4.15.60.82 et www.experts-comptables.fr/developpementdurable.
Fonds spécialisés
Cet embrouillamini a déclenché, il y a deux ans, l’apparition des premiers fonds ISR dits « thématiques », plus attractifs pour le grand public parce que plus lisibles. Pas seulement pour le particulier : les entreprises qui souhaitent faire appel à ces fonds localisent plus rapidement ceux que leur spécialité concerne. Tels les fonds « verts ». Investis dans des sociétés qui contribuent directement au développement des énergies renouvelables ou à la revalorisation des déchets. Le suisse Robéco propose ainsi un Sustainable Climate Fund ou un Smart Energy Fund. Fortis a créé un fonds Environment Sustainable World. La banque française Palatine (ex-Sanpaolo, un temps approchée par La Banque Postale) a ouvert un Fonds climat et environnement depuis février 2008. D’autres entreprises se sont spécialisées pour soutenir les services liés à la distribution d’eau, à l’assainissement ou à la potabilisation. Pour preuves, la banque suisse Pictet et son Water Pictet Cap, le Crédit Agricole fort d’un Aqua Global, Natixis avec son explicite H2O. Le Crédit Agricole vient de rajeunir en outre son offre ISR avec une pondération environnementale plus forte. La banque lui ajoute des « prêts environnement » à destination des entreprises. D’autres établissements opèrent dans le domaine du social ou de la santé pour accompagner le vieillissement démographique ou lutter contre les grandes pandémies, plaies des pays en développement. Les fonds dits « solidaires et de partage » fondent, eux, leur engagement éthique sur la nature de leurs investissements en finançant directement des entreprises non cotées solidaires, tout particulièrement des activités de micro-crédit en faveur de la réinsertion sociale, de l’habitat social, de l’emploi et du développement économique.
Des PME longtemps à l’écart réinvitées à la table
Faut-il solliciter les fonds verts ISR quand on est une PME-PMI ? Michel Lemonnier, responsable du développement ISR chez Groupama Asset Management, l’encourage clairement : « Oui, c’est tout à fait opportun de le faire lorsqu’on développe une activité dans le secteur du durable comme les énergies vertes. La démarche démontre que l’on se montre proactif, et c’est très positif. Le “hic”, c’est que les banques sont aujourd’hui assez peu équipées pour répondre aux demandes des entreprises de cette taille. » On l’aurait parié ! Ce sont jusqu’ici les grandes entreprises qui ont développé des grilles d’analyse extrafinancières qu’elles ont mises elles-mêmes en place. Hors la Financière Champlain, spécialisée sur les small & mid cap, peu de fonds se sont mobilisés autour des PME-PMI. Dommage, elles constituent le plus gros de l’activité en France ! Pour des raisons de structures ? « Le souci pour une PME en recherche de financement, c’est que leurs interlocuteurs sont les gérants d’actifs et les agences de notation, plus habituées à dialoguer avec les grands groupes » reconnaît Michel Lemonnier. « S’adresser à ces gens-là demande des moyens, une technique que ne possède pas forcément une PME ». Et pour cause : les grandes entreprises réalisent de véritables « road shows » auprès des analystes. Allez demander pareils efforts à une PME !
Renoncer ? Surtout pas. Le secteur est en pleine évolution et les agences de notation (Vigéo, Innovest, GMI Metrics, Ethifinance) ont maintenant pris conscience des besoins. « Il faut se faire aider par des spécialistes, certes, mais ça reste faisable » affirme Michel Lemonnier. Pour le spécialiste ISR chez Groupama, « la démarche devient d’autant plus intéressante que les PME peuvent susciter un intérêt de la part des fonds ISR qu’elles n’obtiendront pas de leurs canaux de financement habituels. Les fonds ISR savent évaluer des risques sur le long terme, et les PME les plus vertes présentent, de fait, moins de risques que d’autres sur dix ou vingt ans ! ». Cette fameuse « analyse ISR » place en effet l’entreprise dans une perspective à long terme qui dépasse le simple exercice comptable et fiscal, et contrebalance ainsi la vision trop souvent court-termiste des marchés financiers. L’analyse ISR élargit le spectre des risques et des enjeux de l’entreprise à d’autres domaines complémentaires en examinant les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance susceptibles d’impacts négatifs et/ou positifs sur son activité, à plus ou moins long terme, et plus généralement sur la collectivité tout entière.
Contacts
• La NEF, institution de finance solidaire (épargne collectée auprès de particuliers, d’associations et d’entreprises), soutient la création et le développement d’activités professionnelles et associatives à des fins d’utilité sociale et environnementale. www.lanef.com
• Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts, est un centre de recherche sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises et l’investissement socialement responsable. www.novethic.fr
•L’Ademe, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, s’adresse aux entreprises pour les guider dans leur démarche environnementale et les aider à monter leurs projets d’investissements. www.ademe.fr
Faire « vert » de tout bois
Si les PME sont invitées à la table des fonds, qu’elle est la tenue de rigueur ? « Arriver avec un dossier béton ! » prévient clairement Tita Zeitoun, présidente du Club développement durable du Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables (lire encadré). L’expert-comptable plaide bien sûr pour sa chapelle, mais comment croire que son avertissement ne soit pas fondé ? « La première question que se pose tout banquier, dans n’importe quelles circonstances, c’est la rentabilité de l’investissement. Il n’y a pas de philanthrope dans le métier ! » Certains le croyaient ? La séduction passe donc par un solide business plan qui réponde à l’analyse financière traditionnelle et à ses critères de rentabilité. Un argumentaire à compléter par l’évaluation de l’entreprise sous de nouveaux domaines liés aux aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance. « On ne vous demande pas d’être un saint, mais de montrer ce que vous faites en matière de développement durable, et d’établir des critères pour suivre l’évolution des indicateurs environnementaux » souligne Tita Zeitoun. Michel Lemonnier va dans le même sens : « Il faut que se dégage du business model une attitude développement durable, une gouvernance durable en plus d’une activité durable ». Le Dieu Durable se cache dans les détails : bureautique « verte » (papier recyclable, impressions limitées et recto-verso…), covoiturage des salariés, transmission des données et facturation zéro papier, bilan carbone, recyclage des déchets, utilisation d’énergies vertes : tous les arguments capables de montrer la sensibilité écologique de l’entreprise dans son fonctionnement deviennent arguments, au-delà de son secteur d’activité. Lemonnier : « Les sociétés de gestion n’ont pas encore de modèles pour les PME-PMI. Tout peut donc se faire astucieux si c’est démontré de façon pertinente. L’implication du manager lui-même est déterminante. Il devra travailler avec les brokers – intermédiaires financiers, ndlr – pour valoriser son approche, aider l’investisseur à comprendre les risques et en l’occurrence les risques limités, et positionner l’entreprise dans sa démarche. En un mot, il faut être crédible».
Parcours du combattant
« Si tu peux faire valoir que les exigences environnementale et sociale améliorent la position concurrentielle de ton entreprise et sa compétitivité pour le développement de nouveaux marchés, tu seras le roi du pétrole, mon fils… » aurait pu lancer un Rudyard Kipling en verve. Le manager doit savoir répondre par avance aux questions serrées sur le risque environnemental (maîtrise des pollutions, santé publique...), la prise en compte sociale (respect des normes de sécurité/santé des salariés et du droit du travail, budget consacré à la formation), l’intégration dans l’environnement sociétal auprès des riverains et de la collectivité, l’avantage en image (argumentaire vert auprès des consommateurs) ou bien l’avantage concurrentiel lié à la prise en compte des enjeux de l’environnement. Un fameux parcours d’obstacles quand même. Comme l’analyse ISR intègre également l’avantage compétitif en termes de productivité, il faut savoir argumenter autour de la motivation des salariés et des bonnes relations et conditions sociales dans l’entreprise, ou bien en termes d’attractivité dans le recrutement. L’analyse ISR évalue aussi les bénéfices compétitifs de la recherche et de l’innovation dans toute la chaîne de valeur du cycle de production (développement de nouveaux concepts et processus de fabrication plus économiques) et du développement de nouveaux produits et services plus novateurs. Enfin l’appui d’agences spécifiques comme l’Ademe – Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie – compte énormément : un avis favorable montre que vos critères ne sont pas des fantaisies d’apprenti écologiste, mais bien une démarche raisonnée.
Annie Fave
Article paru dans Green Business n°1 - Août 2009
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