|
|
Des vacances responsables
Partir en voyage, se reposer ou découvrir le monde, du Taj Mahal aux chutes du Zambèze, chacun en rêve. Si le tourisme de masse peut avoir des impacts négatifs, il est aussi source de richesses pour le voyageur et celui qui l’accueille. Mais encore faut-il voyager responsable
Un sourire, une rencontre, les enfants sont souvent le trait d’union entre le voyageur et le pays qu’il visite
Voyager en respectant les populations, leur environnement et la planète, le mouvement est en cours. De plus en plus de voyageurs ont en effet le souci d’aller au delà du plaisir et de la découverte, en respectant à la fois la nature et les populations qui les accueillent. Et avec les pratiques, le vocabulaire fleurit : tourisme responsable, équitable, solidaire... Dans les deux premiers cas, il s’agit de ne pas faire n’importe quoi n’importe où, de se comporter en adulte responsable, respectueux des populations, avec le souci de retombées économiques locales. Cela peut aller jusqu’au tourisme humanitaire, qui est un peu à part et moins courant puisqu’il s’agit bien souvent d’un engagement dans le temps, en apportant sur place une expertise qui n’est pas disponible sur place. En revanche le souci d’un tourisme éthique et responsable est plus facile à partager puisque chacun peut le pratiquer, ici ou là bas !
L’Egypte tire 20% de son PIB du tourisme et compte attirer 14 M de touristes par an d’ici 2011 (11 M en 2007, chiffres Ministère). Mais gare à l'environnement...
Des retombées économiques
Pour partir en vacances sans culpabiliser, quelques chiffres en tête suffisent. Nous sommes passés de 25 millions de touristes dans le monde en 1950 à 898 millions en 2007. Le chiffre d’affaires de l’industrie du tourisme atteint ainsi 500 milliards de dollars, 12% du PIB mondial, pas moins de 250 millions d’emplois (source Organisation Mondiale du Tourisme, organisme de l’ONU). Et l’O.M.T. calcule que plus d’un milliard et demi de voyageurs traverseront une frontière d’ici 2020, si bien que de nombreux pays devraient pouvoir faire du soleil une vraie matière première, utile à leur développement. Il reste à faire que cette croissance soit associée à une démarche responsable, pour que nos enfants aient, eux aussi, le plaisir d’admirer les coraux ou la démarche pataude des éléphants.
La prise de conscience n’est pas l’apanage des voyageurs : les effets dévastateurs des voyages de masse sur la planète et les stratégies visant a concilier la croissance du marche et la préservation de la beauté naturelle des destinations ont dominé les débats du sommet du Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) qui a eu lieu au mois d’Avril à Dubaï. "La question n'est plus de savoir si le tourisme durable fonctionne, mais de s'interroger sur la manière d'accélérer nos initiatives afin de préserver notre héritage", a prévenu Geoffrey Kent, le Président du comité exécutif du WTTC. Opportunisme ? Pas seulement : le respect de l’environnement génère des économies pour l’industrie elle même, qui a tout à y gagner. "L'avenir de notre business est vert", a assuré Bill Marriott, PDG du groupe hôtelier américain du même nom, qui compte consacrer 2 millions de dollars a la préservation de la foret amazonienne au Brésil. Le groupe s'est engagé a réduire de 25% sa consommation d'eau et d'énergie pendant les dix ans a venir. Et il a calculé son propre bilan carbone: son activité génère des émissions de 2,9 millions de tonnes de gaz a effet de serre par an, qu’il cherche à compenser. Son rival français Accor n'est pas en reste: pour ne pas être accuse d'empocher les économies générées par la réutilisation des serviettes de bains, recommandée dans les chambres, son Directeur général Gilles Pélisson a annoncé son intention de consacrer la moitié de ces montants - soit environ 3 a 5 millions d'Euros - à des projets de reforestation dans le monde.
Choisir ses vacances équitables
▪ S’assurer que son argent sera bien employé en choisissant un tour-opérateur/hôtel/prestataire qui s’engage pour un tourisme responsable. Ne pas hésiter à poser des questions sur le transport, l’hébergement, les conditions de travail du personnel, le traitement des déchets et les politiques de protection de l’environnement.
▪ Accepter de payer un peu plus cher pour son séjour si cela permet de garantir des salaires équitables pour le personnel de l’hôtel ou de soutenir des initiatives de protection ou de développement des communautés locales.
▪ Préférer des prestataires de service locaux (ou résidents à long terme) du pays et/ou de la région qui réinjectent les profits dégagés grâce au tourisme dans l’économie du pays, optimisant ainsi le développement local.
▪ De nombreux sites Internet et compagnies proposent désormais des séjours « authentiques » chez l’habitant. Il faut cependant s’assurer qu’une partie substantielle du séjour est bien reversée à la communauté qui vous accueille.
▪ Donner sa préférence aux destinations qui ont déjà intégré des pratiques responsables. Pour se renseigner à ce sujet, voir le site de l’ethical traveller (www.ethicaltraveler.com), malheureusement exclusivement en anglais.
Une photo, un sourire: le voyage est rencontre
Ne pas scier la branche
Si les professionnels du tourisme n'investissent pas dans la protection de l'environnement, c’est leur propre fond de commerce qu’ils détruisent. Idem pour les pays les plus visités ! Certaines destinations l’ont bien compris. Ainsi dans le Golfe, le très fréquenté Dubaï, pays très critiqué pour ses hautes tours et ses îles artificielles construites sur la mer, investit aujourd’hui sur un "havre écologique modèle". Le Al Maha Desert Resort, niché au milieu des dunes désertiques au nord-est de la capitale, recycle 100% des eaux utilisées et tente d’avoir une empreinte carbone la plus limitée possible. Son voisin, Abu Dhabi, tout autant critiqué, a donné les premiers coups de pioche pour la construction de Masdar (« La source » en arabe) une ville nouvelle touristique et 100% écolo. Imaginée par le cabinet britannique d’architecture Foster and Partners, elle devrait accueillir 50 000 habitants en 2016. Son plan carré est conçu de façon compacte pour garder des ruelles étroites et fraîches. La marche à pied et le vélo y seront privilégiés, et un système de transport automatisé devrait permettre l’interdiction des voitures. Masdar devrait réduire la consommation d’eau de mer dessalée de 80% et réutiliser les eaux usées pour irriguer les cultures destinées à l’alimentation et à la production de biocarburants. Le solaire devrait être la principale source d’énergie. La principauté d'Andorre, qui fait la promotion de ses stations de ski "vertes", annonce faire attention à ses forêts : «Lorsque nous coupons un arbre, nous en plantons deux», assure son ministre du Tourisme, Juli Minoves Triquell.
Aujourd’hui les projets de « tourisme équitable » se multiplient dans le monde, sur toutes les échelles. La Turquie annonce des projet de protection de l’environnement sur le lac de Cirali, en Cappadoce et à Karabun, des lieux de vacances de plus en plus fréquentés. Elle protège ainsi les tortues Caretta Caretta à Belek (www.belektourismcenter.org) et développe une initiative d’agro-tourisme à Karaburun, lancée par le mouvement "Winpeace" (Women's Initiative for Peace) qui réunit des femmes turques et grecques venant de différentes ONG féminines pour construire des projets qui contribuent au développement de la paix dans la région. Au Sri Lanka, Ecolanka (www.ecolanka.com) est un hôtel d'écotourisme situé au coeur d'un site de production agricole biologique et biodiversifiée. Il est construit au sein d'un site naturel certifié par Forest Garden Products. La propriété de 20 hectares pratique l'agriculture biologique. L'eau des douches est chauffée grâce à un panneau solaire, les produits de toilettes et anti-moustiques sont naturels.
Voyager responsable
▪ Apprendre quelques mots de la langue locale pour savoir faire des salutations ou dire merci, et se renseigner sur les usages en ce qui concerne la nourriture et le respect des valeurs locales.
▪ Sans aller jusqu’à mettre le voile (sauf à la mosquée) ne pas courir les villes en short et décolleté dans la plupart des pays musulmans.
▪ Se souvenir que, dans certains pays, il y a des restrictions pour l’utilisation des ressources naturelles, notamment l’eau et l’énergie. Dans bien des cas, le bain bouillant peut utilement être remplacé par une douche rapide…
▪ Ne pas acheter de souvenirs aux dépends de la nature comme des coraux
Préserver les sites et son environnement, c'est déjà un geste responsable
Un mouvement en marche
A l’international, les annonces de «tourisme responsable» se multiplient. Souci marketing parfois, vrai souci responsable dans d’autres cas. Dans le domaine associatif, le site de l’Association Française d’Ecotourisme (Tel. : 05.61.23.22.59 et www.voyagepourlaplanete.com), propose environ 80 destinations différentes (à tous les prix) mais le client doit se charger lui-même des billets d’avion et de son acheminement à l’hôtel. Echoway (www.echoway.com) propose des destinations « pour un tourisme responsable » au sens large. La plupart d’entre elles pratiquent l’écotourisme, dans des établissements certes chaleureux mais souvent rustiques, et chacun doit monter son propre voyage. Pour les séjours organisés, l’un des spécialistes de l’écotourisme en France est Terra Incognita (www.terraincognita.fr). L’organisme est à l’initiative, avec l’éditeur de guides de voyages Lonely Planet, de la Charte Ethique du Voyageur, portant sur les devoirs du touriste face à la population et à l’environnement qu’il découvre. Ushuaia Voyages (www.ushuaia-voyages.com ou 08 92 23 42 23), qui se proclame «Agence de voyages responsable», compense systématiquement les émissions de Co2 liées au transport aérien de ses voyageurs par le financement de projets écologique, comme peut le faire également Voyageurs du Monde (www.vdm.com). L’agence de voyages Saïga (www.saiga-voyage-nature.fr) prône également un tourisme responsable plus solidaire et la préservation de l’environnement. Voyager Autrement (www.voyager-autrement.com) propose des circuits de 12 à 18 jours mariant découverte touristique et rencontres avec des acteurs engagés dans le développement de leur pays. Les circuits alternent visites de monuments et rencontres avec des organisations qui font partager leurs espoirs et leurs réalisations. Meli Mundo (www.melimundo.com) développe un projet Enda Bolivia qui va plus loin avec des programmes de voyages inscrits dans la durée, de 3 semaines à 3 mois, pédagogiques et solidaires, permettant un engagement actif et durable au sein de projets solidaires locaux. Les voyages combinent apprentissage linguistique, découverte culturelle, engagement bénévole au sein de projets locaux dans le domaine de l'aide à l'enfance ou de la protection environnementale. Une partie du prix de ces voyages est reversée au bénéfice direct de l'association concernée.
En savoir plus
Entre autres sites qui évoquent le tourisme durable, signalons
▪ www.ecotourisme.info
Créée en 2005, l’Association Française d'Ecotourisme (AFE) accompagne le développement de projets éco-touristiques et la mise en place de stratégies de territoire liées au tourisme durable.
▪ www.naturalguide.org
Un site un peu en Français mais surtout en Anglais, pour promouvoir lui aussi l’écotourisme.
▪ www.jevoyagedurable.com
Un site de journalistes passionnés du tourisme qui veulent promouvoir l’éthique et le tourisme.
▪ www.atalante.fr
Pour comprendre, via ce tour-opérateur engagé, ce que doit être la charte du voyahe éthique, solidaire et durable.
▪ http://tourisme-soldaire.uniterre.com site qui encourage les pratiques du tourisme solidaire
- Donner des explications et des informations pratiques aux voyageurs soucieux de respecter de bonnes pratiques, tel est le souci du Programme des Nations Unies pour l’Environnement qui propose sur son site Internet www.unep.fr/greenpassport les clés et rappelle quelques bonnes questions à se poser avant de partir en vacances.
Artcle paru dans le n° de Développement durable Magazine, Juin 2008.
Télécharger le PDF ci dessous
14-17.pdf
(459.87 Ko)
|
|